ARMENIE Rubrique

L’ex-président Kotcharian assure une défense offensive


Prenant la parole lors de la séance du jeudi 16 mai de son procès très médiatique qui avait débuté lundi dans un tribunal de Erevan, l’ancien président arménien Robert Kotcharian est passé à l’offensive pour assurer sa defense, accusant les enquêteurs d’avoir escamoté les preuves de son innocence dans les incidents tragiques qui avaient marqué la période post-électorale en mars 2008 dans la capitale arménienne. L’ancien president a ainsi mis en avant une vidéo récemment diffusée montrant un manifestant tirant des coups de feu lors des affrontements sanglants du 1er mars 2008, au cœur de ce procès, entre les forces de sécurité aux ordres de R.Kotcharian, alors encore au pouvoir, et les partisans de l’ancien president Levon Ter Petrossian et adversaire malheureux de Serge Sarkissian aux présidentielles de février 2008. Depuis qu’il a été rattrapé par la justice arménienne, à l’initiative de Nikol Pachinian et de la nouvelle équipe au pouvoir en Arménie depuis mai2018, R.Kotcharian ne cesse de clamer son innocence, recusant toute responsabilité dans des violences qu’il impute à l’opposition d’alors, dont N.Pachinian était l’un des meneurs, et niant avoir fait appel à l’armée, en “violation de l’ordre constitutionnel”, selon l’accusation. A l’appel de L.Ter Pétrossian, qui avait contesté les résultats d’un scrutin accordant la victoire à S.Sarkissian, alors dauphin de R.Kotcharian, l’opposition s’était retranchée dans la place de la Liberté, au cœur de Erevan, où elle affrontait les forces de sécurité derrière les barricades. R.Kotcharian, qui s’estime victime d’une vendetta politique orchestrée par N.Pachinian, qui était alors l’un des principaux porte-parole de L.Ter Petrossian et paiera d’ailleurs cet engagement de deux années de prison, avait justifié la repression exercée par les forces de sécurité de l’époque par la nécessité d’empêcher un coup d’Etat qui aurait mis en peril la sécurité nationale. Remises au juge presidant la séance, les images du manifestant utilisant une arme à feu durant ces événements qui ont coûté la vie à 8 manifestants et à deux policiers, sont censées étayer l’argumentation de la defense, quant au caractère violent et insurrectionnel de la campagne de l’opposition au lendemain des élections. R.Kotcharian affirmera devant la Cour que la vidéo en question avait été réalisée par le Service de sécurité nationale d’Arménie (SSN), la même instance gouvernementale qui, dirigée aujourd’hui par des proches de N.Pachinian, fait partie de ses accusateurs. Il a souligné que le directeur de l’époque du SSN, Gorik Hakobian, lui avait aussi montré des images de “plusieurs autres épisodes”, qui seraient autant de preuves accablantes de ces violences de rue qui étaient selon lui sans précédent dans l’histoire moderne de l’Arménie. “Il y avait des éléments plutôt intéressants : [ils montraient] comment une grenade avait explosé, et comment le capitaine de police (la première victim des affrontements) fut tué par l’explosion de la grenade”, a commenté R.Kotcharian en ajoutant : “Tout cela figurait parmi les preuves matérielles [de l’enquête], et il n’en reste rien”. Des scenes de violence qui justifieraient l’état d’urgence décrété par R.Kotcharian pendant trois semaines dans le centre de Erevan, où des unités de l’armée furent déployées le 1er mars 2008. R.Kotcharian et ses avocats affirment que cette repression était justifiée par la tournure extrêmement violente prise par les manifestations avant même l’envoi des soldats, dont la presence n’aurait eu qu’un rôle dissuasif et qui n’auraient pas eu l’ordre d’intervenir contre les manifestants. Ni les membres du parquet, ni les représentants du Service spécial d’investigation (SSI), en charge de l’enquête, n’ont répondu immédiatement aux allegations de R.Kotcharian selon lesquelles ils auraient dissimulé des preuves devant la Cour. Des allegations qui répondent directement aux révélations “fracassantes” faites par N.Pachinian lors de sa conference de presse du 8 mai marquant le 1er anniversaire de son arrivée au pouvoir, selon lesquelles ses prédécesseurs auraient délibérément détruit des documents classifiés concernant des cercles de personnes ou des événements en lien avec notamment les faits portés devant ce tribunal. R. Kotcharian retourne cette accusation contre le nouveau pouvoir dont le principal representant, N.Pachinian, souhaiterait selon lui esquiver ses responsabilités dans les violences du 1er mars 2008. Selon le SSI, R.Kotcharian aurait entrepris de masser des troupes dans et autour de la capitale une semaine avant d’y décréter l’état d’urgence. Une decision qui constituerait une violation de la Constitution arménienne et relèverait d’un “renversement de l’ordre constitutionnel”.

par Garo Ulubeyan le vendredi 17 mai 2019
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