OPINION Rubrique

Ne jamais dormir, par Maitre Haytoug Chamlian


Au mois de février 2004, il y a donc 15 ans de cela, le jeune officier de l’armée arménienne, Kourken Markaryan, était assassiné, alors qu’il dormait paisiblement, par l’officier de l’armée azérie Ramil Safarov

Les deux hommes se trouvaient à Budapest, dans le cadre d’un programme de formation de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

Au moment de l’assassinat, l’officier arménien dormait donc, dans sa chambre. Safarov l’a surpris dans son sommeil, et l’a ainsi tué dans son lit, à coups de hache. L’autopsie a établi que Safarov a frappé Markaryan a seize reprises, à la tête, avec sa hache, jusqu’à ce que l’officier arménien soit décapité.

Le crime ayant été commis en Hongrie, le meurtrier a été jugé dans ce pays, et en 2006, il a été condamné à l’emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 30 ans.

En 2012, cependant, les autorités hongroises acceptent d’extrader Safarov vers l’Azerbaïdjan. Sous la condition d’y purger le reste de sa peine. Dès son arrivée à Bakou, cependant, Safarov reçoit la grâce présidentielle, une promotion militaire, ainsi que de vastes bénéfices et récompenses. À ce jour, il est considéré comme un héros national en Azerbaïdjan, où il mène une vie plus que confortable, avec tous les honneurs, en prime.

On aurait tort de focaliser seulement sur les détails physiques de ce crime, en tant que tels. Même l’injustice subséquente n’est pas le sujet fondamental, dans cet événement.

Le meurtre a certes été commis avec une lâcheté et une sauvagerie extrêmes. Bien sûr, la libération précoce du meurtrier suscite l’indignation et la colère.

Mais dans ces matières, et spécifiquement dans le conflit en question, il n’y a vraiment rien de nouveau…

Ce qu’il nous faudrait plutôt retenir, nous les Arméniens, dans cette affaire, c’est plutôt le message que l’Azerbaïdjan a voulu nous transmettre, en cette occasion aussi. Un message de détermination implacable, de cruauté absolue, et une démonstration de force, de puissance financière et politique internationale. Un message de guerre à finir.

Suite aux dernières rencontres en date entre les ministres des affaires étrangères de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, nous avons tout lu un certain communiqué officiel, où on nous apprend que l’on va et que l’on doit « préparer les populations pour la paix », dans le conflit de l’Artsakh.

À chaque fois qu’il en sera question, dans notre camp, à chaque fois que même la Première Dame actuelle de l’Arménie nous parlera de pacifisme, il serait probablement utile de se rappeler du meurtre de Kourken Markaryan, à Budapest, dans son sommeil. À coups de hache. Et aussi, voire surtout, de nous rappeler que son meurtrier est un héros national dans son pays, jusqu’à ce jour.

Pour parler plus simplement, l’assassinat de Kourken Markarian nous rappelle les conséquences de la cohabitation des Arméniens avec les Azéris, telle que nous les avons bien connues aussi, dans le cadre du conflit de l’Artsakh. En tout état de cause, nous serions bien avisés de ne jamais nous endormir, dans ce sujet non plus. Et encore moins, de rêver.

Au fait, quand on y pense… Cet assassinat spectaculaire a été commis au mois de février 2004. Février… hmm…, mais c’est aussi notre mois de commémoration des massacres de Soumgaït, en février 1988. Alors que la guerre n’avait même pas encore commencé.

Haytoug Chamlian

https://haytougchamlian.blog/

par Ara Toranian le mercredi 20 février 2019
© armenews.com 2019


 

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